Page d'accueil // Université // Actualités // À la une // Vaincre les préjugés au moment de la prise de décision

Vaincre les préjugés au moment de la prise de décision

twitter linkedin facebook google+ email this page
Publié le jeudi 31 mars 2016

Même des enseignants expérimentés peuvent involontairement être influencés par des attitudes préconçues concernant l’ethnicité des élèves. Cela pourrait affecter les décisions clés concernant le parcours éducatif d’un enfant. Les chercheurs de l’Université du Luxembourg ont démontré que l'on peut lutter contre l’influence de ces attitudes préconçues.

De nombreuses études universitaires suggèrent que les gens portent des jugements « différentiels » et prennent des décisions « différentielles » sous l’influence de leurs attentes envers d’autres personnes. L’étude menée par l’Université du Luxembourg dans The effect of students’ ethnicity on teachers’ judgments and recognition memory démontre que les attentes différentielles des enseignants envers leurs élèves peuvent causer des erreurs dans la manière dont ils prennent des décisions. L'équipe de chercheurs dirigée par le Professeur Sabine Krolak-Schwerdt a tenté d’approfondir le sujet dans Accuracy of teachers’ tracking decisions: short- and long-term effects of accountability et a découvert que les enseignants peuvent se libérer presque complétement de ces attitudes préconçues a priori involontaires en prenant conscience de leur responsabilité concernant les décisions qu’ils prennent.

L'incidence de l'effet de groupe

Les études internationales comme le Programme international pour le suivi des acquis des élèves de l’OCDE prouvent invariablement que les étudiants issus des minorités ethniques font preuve de performances scolaires inférieures à la moyenne. Les enseignants sont confrontés à cette réalité tous les jours, ce qui pourrait susciter des attentes spécifiques dans leur esprit concernant un certain groupe ethnique. Les attentes différentielles peuvent influencer les décisions clés concernant chaque étudiant en particulier. Par exemple, le système scolaire du Luxembourg est sélectif à l’entrée en cycle secondaire. En effet, les étudiants sont affectés à des établissements secondaires dont les programmes sont plus ou moins exigeants. La minorité ethnique la plus importante est la portugaise. Ce groupe de population a tendance à obtenir des résultats scolaires inférieurs à ceux de la moyenne.

Une solution : la responsabilisation

Dans l'étude réalisée, des bulletins et profils d’étudiants fictifs ont été remis à des enseignants expérimentés. Puis, il leur a été demandé de prendre une décision fictive consistant à affecter chaque étudiant à l’école secondaire adaptée à son niveau scolaire. Les étudiants luxembourgeois ont été correctement affectés dans 90 % des cas tandis que pour les étudiants portugais, seulement 67 % des décisions étaient adéquates, leurs capacités scolaires ayant été soit sous-estimées ou surestimées. Les enseignants ont ensuite dû évaluer leur part de responsabilité dans la prise de ces décisions avant de devoir évaluer d'autres profils d’étudiants. Cette fois-ci, leurs décisions étaient plus adéquates et indépendantes de l’ethnicité des élèves.

« Il semble que demander aux enseignants d'évaluer leur part de responsabilité dans l'exécution de cette tâche a permis l'adoption d’une démarche de prise de décision plus réfléchie », a remarqué Dr Ineke Pit-ten Cate, membre de l’équipe de recherche. « Bien que les enseignants ont démontré qu’ils prenaient des décisions adéquates, des erreurs pouvaient survenir dans un contexte où leur sens des responsabilités est peu développé due à des attitudes préconçues », explique-t-elle. Dans des conditions normales, il est probable que les enseignants se sentent fortement responsables des décisions concernant leurs élèves. Le risque d’attitudes préconçues est donc relativement faible. « Cette étude suggère qu’en prenant des décisions importantes, nous devrions nous efforcer à faire un effort mental afin de réduire les erreurs dues à des attitudes préconçues involontaires », ajoute-t-elle. Cette étude a été financée par la subvention C10/LM/784116 du Fonds National de la Recherche (FNR).